lundi 24 octobre 2011

Sciences Humaines pas de maths...

C’est drôle, à chaque fois que je dis mon numéro de demande d’admission (DA) à haute voix, plus particulièrement au son de ses deux premiers chiffres (09), j’ai un petit frisson inexplicable. 
Ce petit frisson, c’est pour tous les ‘09’ maintenant en science du langage, médecine, communications, mathématiques ou enseignement primaire, pour ces amis du secondaire dont je reçois régulièrement les updates via les réseaux sociaux : nouveau-nés, fiançailles, voyages au bout du monde, vernissages et implants mammaires. 
C’est juste ma gagne ou tous les gens de ma génération ont vieilli aussi vite?
Je nous vois tous il y a trois ans, finissants à la Polyvalente de Charlesbourg, un tas d’ados insécures qui avaient tellement hâte de passer à la vie d’adulte, la vraie liberté, le céééégep (comme le prononçait si bien notre prof d’éducation choix de carrière, Julie Roy)!
Ne vous méprenez pas : ce texte n’est pas une chronique nostalgique, je serais bien la dernière personne à regretter cette jungle que fut le secondaire. Pourtant, je ne peux m’empêcher de constater que très peu d’entre nous ont suivi le plan fixé à l’inscription au cégep en avril 2009. 
Ceux qui l’ont suivi à la lettre sont les passionnés purs et durs : ils ont eu la chance de tomber du premier coup sur la carrière idéale. Ils se dirigeront vers l’âge adulte dans la joie et la bonne humeur, comme Julie Roy et tous les autres l’avaient promis.
Mais il y a aussi la majorité d’entre nous : ceux qui se sont perdu en chemin, ceux qui s’y sont trouvé, ceux qui ont choisi de défricher leur propre chemin à la sueur de leur front, ceux qui sont coincés à une intersection entre le chemin de leur passion et celui d’une carrière stable. Enfin, il y a ceux qui sont tombés amoureux du paysage et ont décidé de rester assis au bord du chemin.
Depuis août 2009, j’ai vécut ma première peine d’amour, j’ai appris l’allemand, je suis allée en Irlande, je suis tombée en pâmoison devant Pink Floyd, Led Zeppelin et Bob Dylan, j’ai vécu Woodstock en Beauce, j’ai appris à jouer de la guitare, j’ai lu Vian, écouté Gainsbourg, rêvé souvent à Kerouac, eu une relation plutôt orageuse avec une certaine Madame Woolf, goûté à des centaines de couchers de soleil, souri quotidiennement pour rien, écrit des millions de poèmes, quelques nouvelles dont je ne suis pas peu fière et plusieurs pages de tentatives de chroniques toujours avortées. 
En hommage à tout cela et à toutes ces souvenirs que j’ai emmagasiné au long des deux dernières années, je me suis fait tatouer le symbole de l’infini.
«Sciences Humaines pas de maths…»
Ce petit commentaire que l’on entend souvent de la part des ‘grandes personnes’, je le reçois droit au cœur, malgré le fait que j’étudie en Littérature et non en Sciences Humaines et que je ne sois certainement pas celle qui usera les bancs d’école le plus longtemps. 
Je le reçois droit au cœur pour tous ceux que je côtoie quotidiennement, les perdus, les indécis et les amoureux du paysage mentionnés plus haut.
Les étudiants, ce sont eux. Les autres, ce sont des passants.
Ceux qui voient la différence entre apprendre et se bourrer le crâne, ceux qui prennent le temps de vivre au lieu de se dépêcher d’en finir pour arriver à la retraite et enfin vivre. Ceux qu’on ne trouvera jamais dans 20 ans dans un split level en banlieue avec 3 voitures à payer et un boulot qu’ils détestent.
J’exagère, je généralise? Eux aussi.
Criez au sophisme tant que vous voudrez, entre les «granos nus pieds» et ceux qui sont «beaucoup trop occupés» pour regarder par-dessus leurs œillères pour voir le monde dans lequel ils vivent, j’ai choisi mon camp.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire